Remotiver, redonner le goût d’apprendre à des jeunes en échec scolaire, ne s’improvise pas. Il y a des étapes à respecter. Quelles sont-elles ? Comment un enseignant peut agir concrètement face à ce public d’élèves en difficulté au comportement souvent difficile.

Interview de Louis MUSSO, (par Jean-François MICHEL) auteur du livre « Sortir de l’échec scolaire » aux éditions Grancher

Comment débloquer un élève ou des élèves qui ont des problèmes de scolarité ?

Quand on est en face d’élève qui sont en échec scolaire depuis des années qui sont aigries qui sont en révolte contre le système scolaire qui sont aussi en révolte contre les enseignants, il y a 2 attitudes possibles :

1. soit on dit qu’on leur tape dessus et on les fait rentrer dans l’ordre. Entre nous ça ne marche pas cette méthode

2. soit il faut changer son approche, trouver une méthode plus efficace et quitter les schémas classiques.

Comment faire concrètement ?

Face à des enfants ou des élèves qui sont en échec scolaire ou en décrochage scolaire, il faut d’abord chercher à rentrer en communication avec eux, c’est-à-dire de développer avec eux des relations personnalisées.

Concrètement comment cette relation personnalisée, cette communication s’établit ?

On leur montre qu’on les reconnaît en tant qu’être humain en tant qu’être vivant avec une sensibilité. On leur montre ils sont importants pour nous, que l’enseignant a de l’empathie pour eux. C’est ainsi que nous rentrons vraiment en communication avec eux.

Ce n’est pas un peu difficile quand on a des élèves qui ont des comportements de bavardages, parfois ou souvent d’irrespect ?

Oui, car d’abord les enseignants voire même des formateurs (dans les CFA Centre de formation d’apprentis) n’ont jamais vraiment été habitués à ce genre de rapport humain où ce rapport cette forme de communication. Mais aux enseignants il ne faut pas leur jeter la pierre car outre cette habitude, ce mauvais réflexe qu’ils ont acquis, on ne leur a pas appris à communiquer vraiment avec les élèves, surtout quand ils sont difficiles. Ils rentrent dans la classe ils démarrent le cours. Et puis c’est terminé. Ils s’étonnent ensuite que ça ne marche pas. Mais en fait c’est un petit peu normal.

Et en face il ces élèves en décrochage qui n’écoute pas le professeur car ils sont en révolte contre les profs, il s’en fiche de ce qu’ont peut leur dire. Ces élèves sont désorientés et ne savent pas se servir de leur cerveau. Ce n’est pas péjoratif du tout. Ils ne savent tout simplement pas comment celui-ci fonctionne donc ils croient qu’ils sont nuls. C’est un raisonnement un peu facile de leur part mais complètement faux. Et à partir de là ils ne comprennent pas pourquoi ils doivent faire des efforts, pourquoi ils doivent respecter le professeur où l’enseignant. Il y a une forme d’incompréhension.

La seconde étape et qu’il va falloir les calmer les rassurer. Il faut leur apprendre à mieux gérer leurs émotions. C’est pour cela que la sophrologie et même la méditation sont des très bien pour calmer les élèves. C’est ce que j’appelle la phase de déblocage scolaire.

 

Exemple de la mise en place de l’apprentissage du yoga et de la pleine conscience dans une école publique à Salzbourg (Autriche). Il y a 2 objectifs : premièrement  que les élèves puissent se libérer de leur stress, de leur frustration. Donc de se calmer, de réduire leurs réactions émotionnelles. Deuxièmement d’apprendre aux élèves à mieux se connaître. 

 

Ensuite il va falloir les motiver car ils n’ont plus envie de travailler c’est-à-dire qu’il va falloir aider les élèves à prendre conscience de leur potentiel. Le problème est que les élèves où les élèves en échec scolaire n’ont jamais appris à se connaître et à rechercher en eux les choses, notamment sur leur mode de fonctionnement sur leur talent et sur leur façon d’apprendre. Ils ne connaissent pas les bonnes méthodes de travail pour eux. On a jamais apprit ou on ne leur a jamais appris à se connaître et à travailler sur la stratégie de travail efficace pour qu’ils apprennent efficacement. Mais cela, ils ne le savent pas. Ils sont habitués à ce qui vient de l’extérieur : la télé, Internet, les téléphones portables, Facebook, snapchat. Les jeunes sont sensibles à ce qui est dit sur l’extérieur. Les jeunes ont pris l’habitude de considérer uniquement ce qui se passe à l’extérieur. Ce n’est pas pour autant les excuser. Mais c’est une réalité qu’il faut regarder en face, même si elle ne plaît pas. Ils sont pris dans une forme de conditionnement sociétal. C’est pour cela que c’est si difficile de faire l’exercice de connaissance de soi.

C’est aussi une habitude qu’ils ont acquise. J’imagine que lorsque vous leur posez des questions sur la connaissance de soi, ils ne doivent pas trop comprendre. 

Tout à fait! Quand je leur demande « Quels sont vos talents ? », « Qu’est-ce qui vous passionne ? » « Comment vous apprenez ? » Ils me regardent de façon ahurie. Bien entendu encore une fois, il ne s’agit pas d’excuser les jeunes mais simplement de comprendre le processus afin que l’enseignant n’ait pas une démarche émotionnelle ou en tout cas que les niveaux des émotions soient réduits. Cela peut paraître simple, voire même simpliste. Mais déjà cette prise de conscience chez l’enseignant va lui permettre d’être dans un état d’esprit de meilleure écoute. Donc là on est un petit peu dans la démarche de Socrate qui disait à ses disciples de se connaître eux-mêmes ou de se connaître soi-même. Apprendre à penser par soi-même. Il faut renvoyer l’élève à lui-même et lui dire qu’il peut y arriver s’il se met au travail s’il arrive à avoir la bonne approche et d’arrêter de croire qu’il est peut-être un imbécile. Et quand il y a cette prise de conscience et bien tout change : l’élève prend confiance en lui de nouveau. Il ne compte pas où il ne compte plus sur l’aide systématique des autres. Il ne faut pas en faire des élèves assistés. Le problème est qu’il y a trop de passivité chez les jeunes et plus particulièrement chez ces jeunes en difficulté scolaire ou en échec scolaire.

Mais il y a autre chose aussi même si c’est un peu tabou : c’est l’attitude des enseignants. Car ce qui compte c’est le regard de l’enseignant.

Pouvez-vous expliquer pourquoi le regard de l’enseignant est en jeu ici, et comment l’influence du regard de l’enseignant s’opère sur les élèves ?

Le regard de l’enseignant est très important en effet. Si l’enseignant a un regard négatif sur les lèvres ou plus généralement sur sa classe et bien c’est cuit ! Si le regard de l’enseignant est toujours du style « tu n’y arriveras pas, tu es incapable, tu ne sais rien tu ne travailles pas » il n’y a aucune évolution possible chez les élèves. Pourquoi ? Parce que l’enseignant est déjà le miroir, l’enseignant se fait le miroir de ses élèves. Ce que je décris là c’est typiquement l’effet pygmalion mis à jour par le scientifique qui s’appelle Rosenthal. Pour résumer Rosenthal a démontré que les élèves avaient des résultats peu probants ou des résultats beaucoup moins satisfaisants si l’enseignant avait un a priori négatif sur la classe. Les performances scolaires étaient inférieures. C’est un typiquement les prophéties autoréalisatrices. (Voir l’interview de Sylvain Delouvée à ce sujet)

Le comportement est « je suis nul où on me considère comme nul donc j’agis comme quelqu’un qui est nul ». La bonne nouvelle maintenant, c’est que le même processus fonctionne aussi lorsque le professeur a un a priori positif ou particulièrement positif. Souvent parce qu’auparavant on lui a dit que les élèves travaillaient bien, que les élèves étaient motivés, qu’il avait de bons résultats. L’enseignant avait donc un a priori positif et cela se sentait sur le niveau scolaire et donc sur les notes. Vous voyez il est très important de la part de l’enseignant de faire attention à son état d’esprit. Alors bien entendu lorsque vous avez des élèves qui ont des lacunes, qui ont une faible motivation, il est difficile de se dire qu’ils sont motivés et qu’ils peuvent avoir de bons résultats scolaires. Je ne dis pas qu’il faut faire un déni de réalité mais tout simplement partir du principe qu’il y a du positif. Alors ça peut faire sourire ce que je dis. Mais tout dépend l’état d’esprit. Car au final il n’y a rien de vrai.

Est-ce que cet effet pygmalion est pris en compte dans les écoles à l’étranger ?

J’ai connu une enseignante qui a pratiqué en Australie et lorsque je lui ai parlé de l’effet pygmalion elle m’a dit quand l’Australie durant sa formation d’enseignant, le premier cours qu’elle a eu c’est justement sur cet effet pygmalion et de l’importance d’en tenir compte. Cela pour que l’on prenne conscience que l’attitude des enfants, l’attitude des élèves notamment quand ils sont en échec scolaire, dépend beaucoup de notre regard sur eux. Si j’ai un regard positif en tant qu’enseignant alors je peux avancer. Si j’ai un regard négatif alors les choses vont être très difficiles et je dirais pour ma part que c’est complètement fini.

Une fois que les deux premières étapes ont été suivies que faut-il faire ?

Ensuite quand il y a cette prise de conscience, quand ces deux premières étapes sont respectées, la troisième est d’appliquer des outils pédagogiques efficaces. Alors ces outils pédagogiques efficaces c’est quoi . Ce sont tous les outils qui permettent d’apprendre à apprendre des outils qui aident à savoir comment apprendre. Par exemple la base est de savoir si un élève et d’un profil visuel d’un profil auditif ou d’un profil du type kinesthésique. J’ai déjà commencé un cours ainsi. C’est déjà un grand pas pour l’élève. Il peut commencer par un outil ou des outils qui lui permettent de se connaître. On revient ce dont ton a parlé tout à l’heure sur la connaissance de soi.

. L’utilisation de ces outils est fondamentale. Car sans cela on reste dans la proclamation, dans la bonne intention. Et puis parce que bien entendu un élève n’a pas la maturité pour s’approprier ou simplement pour prendre conscience qu’il faut travailler sur lui. Donc l’élève a besoin d’outils à sa disposition qui l’aide à se connaître qui l’aide à prendre connaissance de soi. C’est capital.  Je vous garanti que lorsque je reçois des élèves tous ignorent comment fonctionne leur cerveau et tous ignorent comment ils fonctionnent.  Vous savez ça fait toute la différence. Lorsque je dis à un élève « et bien tu as besoin par exemple de voir plus de texte, d’écouter ou peut-être même d’avoir des supports plutôt visuels, auditif » ou même que tu as besoin de ressentir les choses de connaître le pourquoi des choses et donc si on te l’explique pas de la façon dont tu fonctionnes de la façon dont fonctionne même ton cerveau il sera bien difficile pour toi de comprendre ». Là vous avez un changement quasi immédiat de comportement chez les jeunes. Ils se sentent compris, vous vous intéressez à eux. Bref j’en reviens à ce que je disais pour la première étape. Il y a une forme de déculpabilisation. Et j’encourage les enseignants que je forme à commencer à utiliser des outils efficaces.

Est-ce qu’il y a aussi une façon de communiquer avec ces élèves, qui peut être aussi appliquée chez tous les élèves plus généralement ?

La forme de communication est aussi à prendre en compte en effet. Concrètement il est important de parler avec eux en utilisant des métaphores. Par exemple pour les sensibiliser sur la notion de visuel, auditif, kinesthésique je prends l’exemple de l’ordinateur. Je leur dis « quand tu écris une lettre sur ton ordinateur, pour la garder soit tu la sauvegardes soit tu l’imprimes et bien dans la lecture c’est exactement pareil lorsque tu lis un livre lorsque tu lis un texte si tu lis sans comprendre et bien c’est un peu comme si tu écrivais une lettre et puis après tu éteins l’ordinateur. De ta lettre il ne restera rien. Donc tu as travaillé pour rien ! Si tu sais comment tu fonctionnes, si tu sais comment tu mémorises et bien cette lecture te rester dans ta mémoire ».

Comprendre cela est aussi utile pour nous les adultes. Cela peut faire sourire mais je vous garantis que pour des élèves en difficulté voire moi-même en grande difficulté, qui sont souvent pénibles en classe, c’est une grande découverte que de connaître cette chose-là. Et rien qu’avec cette petite démarche là, les enfants, les élèves vont avoir une motivation qui va repartir. Ils prennent conscience qu’ils ont un outil à disposition qui leur permet d’apprendre plus vite. Ils prennent conscience aussi qu’ils ont des dispositions, qu’ils ont des capacités en utilisant ces outils. Alors bien entendu, il y a aussi des enfants qui sont excités et donc il faut les calmer. La sophrologie par exemple est un bon moyen. Même la médiation peut-être un outil tout à fait utile. Il y a aussi la kinésiologie. Donc tout cela s’articule autour de l’attitude de l’enseignant, de techniques de relaxation et de concentration (pour faire baisser le stress ou l’agitation) avec l’utilisation d’outils pédagogiques.

Donc pour susciter l’attention des élèves difficiles, la tout première chose est de les calmer. Sans quoi, la découverte de soi, la communication sont moins efficaces, ou en tout cas prises moins aux sérieux par les élèves ?

En effet le point de départ est de déstresser les élèves parce que lorsqu’un élève est excité. Pourquoi ? Lorsqu’un élève est stressé et bien le cerveau ne peut pas réfléchir. C’est-à-dire que son stress amène son cerveau reptilien à prendre le relais tout simplement. Cela empêche le cortex de travailler. Donc ce processus bloque le raisonnement et limite fortement les facultés cognitives.

Comprenez qu’à la base, lorsque ces élèves en difficulté ou en échec scolaire sont turbulents, décrochent, n’écoutent plus en classe, c’est que leur cerveau fonctionne au niveau reptilien, parce qu’ils sont sous stress. Et  c’est un mécanisme purement inconscient et automatique. Donc le but c’est, par des exercices de relaxation, c’est de faire en sorte que leur cortex, leurs lobes frontaux reprennent le relais. Une fois fait, ils ne sont plus dans la réaction, ils ne sont plus dans la réaction pavlovienne. Ils pourront alors réfléchir et prendre conscience de certaines choses.

Vous savez que des scientifiques ont fait des expériences au niveau de la médiation par exemple. Ils ont demandé de réunir des moines tibétains et de se mettre en méditation. Ensuite ils ont pu observer la réaction de leur cerveau et des différentes régions de celui-ci en les passants dans d’appareil qu’on appelle l’IRM. Ils ont pu constater, par l’observation des réactions du cerveau dans l’IRM que la méditation, mais aussi la sophrologie il y a une stimulation du lobe frontale gauche du cerveau. Il faut savoir que le lobe frontal gauche est le centre du dynamisme, du positif et de l’action. Donc la méditation comme la sophrologie ne peut qu’être positif. Bien entendu, il y a d’autres actions bénéfiques dans le cerveau. Bref ces 2 pratiques, par des exercices simples permettent aux enfants de se calmer et de se ressentir mieux, de se sentir eux-mêmes. Cela est bien démontré par les démarches scientifiques.

 

Louis MUSSO refuse la résignation face à l’échec scolaire des élèves. Son approche qui est tout à fait innovante. Et les résultats parlent pour sa méthode . Par exemple en 2009, plus de 90% de ses élèves difficiles et en situation d’ échec scolaire ont réussi le BEP. Puis en 2010 85% d’entre-eux ont réussi le BAC (nettement au dessus de la moyenne nationale qui était de 74% cette année là).

 

Louis MUSSO a été professeur d’EPS à l’université Paul Sabatier à l’UFR sport. Aujourd’hui à la retraite, il est aussi Sophrologue Caycédien Master Spécialiste. Il est persuadé que la plupart des enfants ont une intelligence normale. Il pense que la plupart de leurs échecs scolaires sont la conséquence d’une mauvaise gestion de leurs émotions.


 

Pour voir le livre:Cliquez ci

 

 

Résumés audio de l’interview

 

 

 

Quelles sont les méthodes, les outils pour aider les élèves en échec scolaire ? Par quoi un enseignant doit-il commencer ?

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Remotiver, redonner le goût d’apprendre à des jeunes en échec scolaire, ne s’improvise pas. Il y a des étapes à respecter, dont l’une très importante : la restauration de la communication.

 

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2 Comments

  1. Liliane Gasperi Duprat says:

    Merci pour vos conseils

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