.Christian
H.Kautz est professeur de physique et de
didactique à l’Université
de Hambourg-Harbourg. Dans le cadre de sa
thèse de doctorat à l’Université
de Washington, il est devenu membre de la
Commission sur la Pédagogie et la
Physique (Physics Education Group). De 1993
à 1999 il a, notamment, mené
une recherche sur la pédagogie et
l’enseignement de la physique.
Jean-François
Michel
- Selon vous, d’où vient le
problème de l’apprentissage
de la physique ?
C.
Kautz : Que ce soit à l’école
ou dans les universités, ce sont
sur les mêmes difficultés que
butent les élèves en physique.
La résolution de ses problèmes
ne tient pas tant de l’intelligence
que de la perception de l’élève,
de sa façon d’aborder le problème
donc, de façon d’apprendre.
Jean-François
Michel - La responsabilité
en viendrait donc aux enseignants ?
C.
Kautz : Si cela tient de la responsabilité
de l’enseignant, je ne dirais certainement
pas cela. Cela vient en partie de la difficulté
pour l’enseignant de prendre conscience
de ces points difficiles de la physique.
Une fois cet obstacle surmonté, le
professeur peut ensuite plus facilement
adapter sa pédagogie, notamment au
niveau des supports de cours.
Jean-François
Michel - En tout cas,
se rendre compte de ces difficultés
permettrait-il à l’enseignant
d’améliorer grandement ses
cours de physique ?
C.
Kautz : Cela serait déjà
une très bonne démarche. Mais
je pense qu’on peut encore aller plus
loin, notamment en montrant le sens des
choses. Ne pas se limiter à apprendre
des formules ou des concepts par cœur.
Mais en comprendre le pourquoi, en rechercher
l’essence. Mobiliser son sens critique
et de l’observation. Pourquoi est-ce
que ça marche comme ceci ? Pourquoi
la formule est comme cela ? Ne pourrait-on
pas s’y prendre autrement ? D’où
a mon avis l’importance du processus
de découverte par des expériences,
de prendre le temps de les faire faire aux
étudiant ou aux écoliers.
Par exemple comment se comporte le courant
dans un circuit électrique ? Plutôt
que d’édicter des formules,
il est préférable de laisser
les étudiants expérimenter,
faire des modifications pour voir ce que
ça donne et essayer de comprendre
pourquoi il y a tel ou tel résultat.
Jean-François
Michel - L’enseignant
a donc besoin de beaucoup de temps. Ne prend-il
pas le risque d’avoir du retard sur
le programme ?
C.
Kautz : Oui, tout-à-fait
et c’est bien là le problème.
En général les programmes
balayent trop de choses, le spectre des
connaissances abordées est trop large,
ce qui ne permet pas de voir le programme
en profondeur, les choses ne peuvent être
abordées que de façon superficielle.
C’est vrai que l’enseignant
n’a, parfois, pas d’autres choix
que de faire des compromis.
Jean-François
Michel - Est-ce
que la solution ne passerait-elle pas par
donner plus de temps ?
C.
Kautz : Je dirais qu’on devrait,
dans un premier temps, rechercher plus d’efficacité
dans les cours et les programmes. Le temps
n’est pas toujours employé
à bon escient, ou de manière
suffisamment productive.
Jean-François
Michel - Quel est
finalement l’effet sur l’éducation
?
C.
Kautz : Ce qui est important de
noter c’est que ces difficultés
non résolues entraînent des
lacunes qui, au fil du temps, s’avèrent
creuser un véritable gouffre et mettent
en péril les chances de succès
de l’étudiant ou de l’élève
en physique. Car, en physique, vous vous
basez beaucoup sur des notions vues antérieurement
pour pouvoir aborder des choses nouvelles
et avancer dans le programme.
Jean-François
Michel - Mais
justement, est-ce que ces lacunes ne se
révèlent-elles pas bien avant,
lors des examens à l’entrée
des écoles par exemple?
C.
Kautz : Le système de l’enseignement
supérieur en Allemagne n’est
pas organisé de la même façon
qu’en France. Nous n’avons pas
d’écoles d’ingénieurs
ou de commerce à proprement parler.
Le système allemand repose principalement
sur l’université. Et l’accès
à la faculté se fait généralement
sans examen particulier et sans concours
comme dans vos grandes écoles. Donc,
un étudiant ayant fraîchement
son bac va s’inscrire en fac de physique.
Il traînera avec lui les difficultés
qui auront toutes les chances de s’amplifier.
Et là, il s’en rendra compte
aux examens intermédiaires (Zwischenprüfung),
mais un peu tardivement.
Jean-François
Michel - Ce qui est
valable pour la physique le serait-il pour
d’autres matières ?
C.
Kautz : De façon intuitive
et sans vouloir trop m’avancer je
dirais que, pour les matières scientifiques,
qui ont la même démarche que
la physique, telle la chimie, la mécanique,
cela peut être transposable. Pour
les mathématiques, même s’il
y a beaucoup de choses en commun, il y a
quand même une différence.
Pour
les autres matières telle la littérature,
je ne sais pas. En ce qui concerne les langues,
le processus d’apprentissage est bien
différent, vu qu’il y a plus
de « par cœur », sans forcement
faire appel autant à la logique.
Il y a aussi une forte notion de répétition.
Mais il serait intéressant de mener
des travaux pour voir ce qui est transposable.
Site
web de l’Université de Hambourg-Harbourg:
http://www.tuhh.de
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