.Marianne
Miserandino, psychologue, est professeur
à l’Arcadia University de Pennsylvanie.
Elle a mené une étude sur
la motivation des enfants de 8 à
10 ans et nous indique, ici, pourquoi certains
élèves arrivent à faire
une bonne scolarité alors que d’autres,
au contraire, ont de mauvais résultats
malgré des capacités scolaire
identiques ? l’Arcadia University
Jean-François
Michel - Pouvez-vous nous donner une
courte description de votre étude
sur « La croyance en soi de bien réussir
et la volonté d’apprendre sont
les clefs d’une bonne scolarité
?»
M.Miserandino-
Mon étude est une partie seulement
d’une étude plus large sur
les enfants de 8 à 9 ans concernant
leur performance scolaire. Nous leur avons
donné un questionnaire qui permet
de mesurer leur motivation pour réussir
à l’école. J’ai
identifié une première moitié
d’enfants qui ont obtenu des résultats
supérieurs à la moyenne au
test de performance, et qui indique donc
qu’ils ont le potentiel de bien réussir
à l’école. Environ 65%
de ces enfants ont une certaine autonomie
dans leur travail scolaire et 61% font preuve
d’aptitude dans leur travail. Par
autonomie nous entendons le fait d’avoir
le propre contrôle de son travail
avec une certaine indépendance. «
L’aptitude » ici signifie la
croyance qu’ils sont capables et qui
se traduit par la confiance en leurs capacités.
Les enfants qui ne se sentent pas autonomes,
ou pas aptes, n’obtiennent pas d’aussi
bons résultats au test de performance
que ceux qui ressentent ou pensent les avoir,
alors qu’ils ont la même capacité
de réussite.
Jean-François
Michel - Vous dites,
dans votre étude, que les enfants
ne font pas aussi bon s’ils ont des
raisons « extérieures ».
Pouvez-vous nous donner un exemple de ces
« raisons extérieures »
?
M.Miserandino-
Les raisons extérieures
indiquent un manque d’autonomie. Les
raisons extérieures (que nous avons
mesurées) pour faire les devoirs,
par exemple, comprennent le fait de se dire
« Je vais avoir des problèmes
si je ne fais pas ceci … »,
et « Parce que j’ai mauvaise
conscience si je ne fais pas cela…
». Par contraste avec des raisons
internes pour faire des devoirs. Dans ce
cas, le raisonnement de l’enfant sera
du type « Je fais le devoir parce
que je veux comprendre le sujet »
ou « Je fais le devoir parce que cela
est plaisant, amusant »..
Jean-François
Michel - Un étudiant
ayant un manque de confiance dans ses capacités
échoue dans la plupart des matières
(comme les mathématiques, l’anglais…)
?
M.Miserandino-
Je
ne dis pas qu’ils échouent,
mais ils ont certainement de moins bons
résultats (par rapport à notre
système de notation de A à
A- ou B+ à B) en mathématiques,
en lecture, en prononciation, dans le langage,
et les matières sociales. Dans notre
étude nous avons des enfants issus
du CE2 et du CM1 mais qui, à travers
les tests, sont tout à fait capables
de faire une 6ème au collège.
Mais ils ne peuvent pas utiliser leur véritable
potentiel dans leur classe de CE2 ou de
CM1 à cause de leurs croyances limitantes.
Jean-François
Michel - Comment peut-il
être expliqué que des enfants
qui croient qu’ils ne sont pas capables
de réussir ce qu’ils font,
même s’ils ont des capacités
supérieures à la moyenne,
soient en échec scolaire ?
M.Miserandino-
S’ils ne croient pas en leurs
capacités (indiquant un manque d’aptitude,
c’est à dire de confiance en
soi), ils se trouvent qu’ils ont une
expérience négative de l’école.
L’anxiété, l’ennui,
la colère, l’ignorance, biaise
le parcours scolaire. Ces sentiments qui
amènent à un comportement
de « non-adaptation » empêchent
ces enfants de faire de leur mieux. Ils
seront certes dans la moyenne des choses
avec des résultats souvent satisfaisants,
mais ils ne pourront donner le meilleur
d’eux-mêmes. Ils pourraient
faire beaucoup mieux..
Jean-François
Michel - En général,
en France nous n’aimons pas échouer.
Pensez-vous que cette aversion pour le rejet
en France et plus particulièrement
en ce qui concerne les enfants, amène
paradoxalement à plus d’échecs
?
M.Miserandino-
Peut-être dans certaines
circonstances, dans le cas d’un athlète,
un danseur, un artiste, qui est trop tendu
face à la peur de l’échec,
aura de mauvais résultats, ne fera
pas bien car il y aura trop d’interférences
dans son action. Ce n’est pas tant
le fait de ne pas aimer échouer que
la raison qui se cache derrière.
Les enfants qui évitent l’échec
parce que « Je vais avoir des problèmes
avec maman, ou papa » ou « Le
professeur pourra voir combien je suis bon
» ressentiront les choses différemment
de ceux qui évitent l’échec
parce que « Je veux donner le meilleur
de moi-même ». C’est la
raison qui se trouve derrière le
succès ou l’échec qui
peut entretenir la motivation (et l’atteinte
des objectifs) ou au contraire l’éteindre.
Donc je regarderais davantage les raisons
qui sont derrière cette aversion
de l’échec et non pas l’aversion
elle-même.
Jean-François
Michel - Comment est-il
possible de reconnaître qu’un
enfant a une mauvaise perception de lui-même
?
M.Miserandino-
Nous avons des questionnaires qui
permettent d’identifier si un enfant
a une mauvaise perception de lui-même.
Mais il persiste toujours un doute sur ce
que ressent vraiment un enfant. Ce n’est
peut être pas la meilleure méthode,
mais c’est ce que nous utilisons
Jean-François
Michel - Selon vous,
comment les parents peuvent-ils changer
la mauvaise perception que peut avoir leur
enfant, et donner une bonne perception d’eux-mêmes?
M.Miserandino-
En construisant un sentiment d’aptitude
à l’enfant : donner un devoir,
un objectif qui ne soit ni trop facile ni
trop difficile. Exprimer clairement les
attentes dans le comportement et dans la
réalisation de l’exercice.
Donner ensuite un « feed-back »
immédiat et clair sur la qualité
de la performance. Donner les informations
sur comment découper une tâche
difficile en plusieurs plus petites, mais
plus accessibles. Suggérer, plutôt
que de dire, une stratégie pour arriver
à l’objectif.
Pour
ce qui est de donner un sens de l’autonomie
: récompenser l’initiative,
encourager la prise de décision et
du choix lorsque c’est possible. Si
vous ne pouvez pas donner à l’enfant
le choix, expliquez-lui la réalité
des choses, expliquez pourquoi par rapport
à des objectifs, par rapport à
ses objectifs et désirs. Et si d’aventure
vous n’y parvenez pas, utilisez un
minimum de pression afin que l’enfant
puisse avoir un comportement conforme à
ce qui est demandé de lui
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