Selon
un sondage Sofrès pour le Parisien,
les parents sont préoccupés
avant tout par les résultats scolaires
de leurs enfants avant même la qualité
des relations familiales, leur épanouissement
ou leur hygiène de vie. Interrogés
sur ce qui les préoccupe le plus
au quotidien, les parents sont 53% à
citer en premier les résultats scolaires
des enfants. Vient ensuite la qualité
des relations que l'enfant entretient avec
sa famille pour 12% d’entre eux. Finalement,
quoi de plus normal de vouloir la réussite
scolaire de son enfant?
•
Les
dangers de trop vouloir bien faire
Pourtant,
les parents qui recherchent trop la réussite
de leurs enfants (avec une forte tendance
obsessionnelle) risquent bien d’obtenir
des résultats décevants. Il
est vrai que dans notre société,
guidée par la performance, la compétition,
avec en toile de fond le spectre du chômage,
il est facile pour les parents de tomber
dans le travers de cet extrême : celui
de la performance chez leurs enfants, du
toujours plus, avec l’intention louable
d’assurer un avenir professionnel.
Mais ne vaut-il pas mieux en faire trop
que pas assez ? C’est une croyance
assez répandue qui s’avère
bien fausse. Il est préférable
de laisser s’amuser un enfant plutôt
que lui imposer un rythme de devoirs et
d’activités soutenu. De nombreuses
études en psychologie ont démontré
que les adolescents ayant des familles où
la pression de « l’excellence
» est forte connaissent un taux de
dépression et d’anxiété
très supérieur à la
moyenne. La pression des bons résultats
et le stress généré
peuvent conduire vers la spirale de l’échec
scolaire et créer les conditions
du dégoût des études
et de l’école. Bref, on obtient
l’effet inverse de celui recherché.
Cette
hyper-éducation (hyper-parenting
en anglais) est un phénomène
qui prend de d’ampleur aux Etats-Unis.
Depuis que les couples ont moins d’enfants
(un ou deux) et que les familles deviennent
de moins en moins nombreuses, les parents
concentrent davantage leur attention sur
l’éducation de leur progéniture.
Richard Koestner, professeur au Département
de psychologie de l’Université
McGill, et Isabelle Gingras, docteur en
psychologie de l’Université
de Stanford, travaillent sur ce phénomène
d’ hyper-éducation.
Faut-il
alors prôner un certain laissez-aller
dans l’éducation ? Bien sûr
que non. En fait, tout est une question
de dosage. Il est nécessaire, par
moments, d’insister et de faire pression
sur l’enfant pour que les devoirs
soient faits pour le lendemain par exemple.
Encourager à s’engager dans
une activité extra-scolaire ne peut
être que bénéfique.
Mais il ne faut pas que cela tourne à
l’obsession.
Richard
Koestner s’interroge plutôt
sur les répercussions de l’hyper-éducation
sur l’équilibre de la vie familiale
: « Personnellement, je m'inquiète
du fait que l'hyper-éducation déséquilibre
la vie des parents. Certains peuvent se
retrouver à négliger leur
vie de couple, leurs amis ou leur propre
développement personnel parce qu'ils
sont trop occupés à faire
tout leur possible pour maximiser le potentiel
de leur enfant ».
•
Sous
quelle forme se manifeste l’hyper-éducation
?
L’hyper-éducation
se caractérise principalement par
les trois points suivants :
1.
Un investissement excessif des parents qui
conduit à une sur-implication : concrètement,
c’est s’attacher à régler
la vie de l’enfant jusque dans les
moindres détails, comme par exemple
celui de choisir les copains et copines
(ce qui ne veut pas dire qu’il faille
être négligeant sur les types
de fréquentations) et amener l’enfant
à s’allier d’amitié
avec tel ou tel autre enfant.
2.
Un surnombre d’activités extra-scolaires
chez l’enfant (hyperactivité).
Par exemple, dès la sortie de l’école
Nathalie se rend à son cours de piano,
et cela 3 fois par semaine. Les autres jours
c’est la natation agrémentée
d’un programme intensif d’entraînement
le mercredi pour être suffisamment
performante le jour des compétitions.
Enfin, le week-end c’est la fréquentation
d’un club d’échec qui
ne peut être que salutaire pour le
développement intellectuel. Les parents
de Nathalie sont, certes, animés
de bonnes intentions pour leur fille. Pourtant
ils ne s’aperçoivent pas qu’ils
sont en train de la surcharger et de la
fatiguer par une pression constante exercée
par ces multiples activités. Mais
attention !!! Cela est tout autre chose
si c’est l’enfant lui-même
qui est demandeur, soit par passion, soit
par la nécessité de se défouler
pour vider son trop-plein d’énergie.
3.
Une protection exagérée des
parents, c’est le syndrome de la mère
poule. A vouloir lui éviter tous
les dangers, en réglant tous les
problèmes à sa place dans
le but louable de le mettre dans les meilleures
conditions possibles, l’enfant n’apprend
pas ou mal à être autonome.
Dans la vie adulte il aura alors bien du
mal à surmonter les obstacles qui
ne manqueront pas de se dresser sur sa route.
•
L‘hyper-éducation
peut-elle conduire à l’échec
scolaire ?
Est-ce
que le phénomène d’hyper-éducation
peut conduire à l’échec
scolaire ? On ne peut pas être aussi
catégorique. Dans certains cas où
l’hyper-éducation amène
à un réel mal-être de
l’enfant, l’échec scolaire
peut en être la conséquence,
plus par dégoût des études
d’ailleurs. L’échec scolaire
trouve souvent sa source dans le manque
de confiance en soi de l’enfant. S’il
évolue dans un milieu familial où
il est surprotégé, les conditions
ne seront pas optimales pour bâtir
son assurance en lui-même. L’échec
sera probablement difficilement surmonté
et plus mal vécu par l’enfant,
ce qui conduit à un effet pervers
: s’il est accidentel au début,
l’échec peut vite devenir récurrent.
•
Quelle
est la meilleure attitude ?
Quel
remède à l’hyper-éducation
? Le mieux est de s’atteler à
rechercher un certain équilibre :
protéger sans trop protéger
non plus, encourager les activités
extra-scolaires mais laisser aussi l’enfant
évoluer à son rythme. Bien
sûr, cela est bien plus facile à
dire qu’a faire lorsque l’on
veut le meilleur pour son enfant.
Mais
pas besoin de se culpabiliser non plus.
Prendre conscience des effets contre-productifs
d’une trop grande pression est déjà
un bon rempart. Enfin, il ne faut pas perdre
de vue que les parents sont une forte source
d’inspiration pour les enfants. Il
n’y a rien de mieux pour eux que de
voir leurs parents heureux et épanouis.
Cela veut dire aussi prendre du temps à
la maison pour se décontracter, se
ressourcer, se libérer de tout stress.
Si
l’on en revient à notre sondage
du début, veiller à la qualité
de l’épanouissement et à
la relation familiale, agrémentés
par une bonne hygiène de vie, devrait
plutôt devenir une priorité.
Les effets ne peuvent être alors que
très positifs sur les performances
de l’enfant à l’école.
Aux
Etats-Unis, le Dr. Rosenfeld a pris avec
le National Family Night une initiative
originale pour lutter contre l’hyper-éducation.
Le National Family Night a pour but d’inciter
les familles américaines à
consacrer au moins une soirée par
mois à des activités centrées
sur la famille, sans la moindre intrusion
de devoirs ou d'activités parascolaires
ou sportives.
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© L'échec scolaire.com: 22-11-2004
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